Faire tourner un modèle d'IA en local — qu'il s'agisse d'un LLM comme Llama 3, Mistral ou Qwen, ou d'un modèle de diffusion comme SDXL ou Flux — n'est pas la même chose que jouer à un jeu vidéo. La contrainte principale n'est pas la puissance brute de calcul : c'est la VRAM. Si votre modèle ne tient pas entièrement dans la mémoire vidéo, il déborde sur la RAM système via le CPU, et les performances s'effondrent d'un facteur 10 à 50×. Choisir la bonne carte graphique, c'est donc avant tout choisir la bonne quantité de VRAM.
Ce guide détaille les besoins réels selon les cas d'usage — LLM, image, audio, fine-tuning — et vous donne des recommandations concrètes avec des prix en euros, des modèles compatibles et des compromis honnêtes. Pas de marketing, que des chiffres.
Un modèle de langage stocke ses poids en mémoire GPU pendant l'inférence. Un LLM de 7 milliards de paramètres en précision FP16 occupe environ 14 Go de VRAM. En quantisation Q4_K_M (4 bits via llama.cpp ou Ollama), ce même modèle descend à ~4,5-5 Go — il tient sur une carte à 8 Go, mais sans marge pour le contexte. Un contexte de 8 000 tokens ajoute environ 1 à 2 Go supplémentaires selon l'architecture. Un modèle 13B en Q4 demande ~8-9 Go, un 34B en Q4 environ 22 Go, un 70B en Q4 environ 40 Go.
Si le modèle déborde en RAM (mode CPU offload partiel), la vitesse de génération chute à 1-3 tokens/seconde, contre 30-80 tokens/s sur une bonne GPU. C'est la différence entre une conversation fluide et attendre 30 secondes par phrase. Retenez une règle simple : prévoyez toujours 20-30 % de VRAM libre au-dessus du poids du modèle pour les KV-cache et le contexte.
Pour la génération d'images, Stable Diffusion XL tourne correctement à partir de 10 Go de VRAM, mais Flux.1 Dev en fp16 réclame 24 Go. En fp8 avec des optimisations (attention slicing, VAE tiling), Flux peut fonctionner sur 16 Go avec des temps de génération un peu plus longs (~25-35 secondes par image 1024×1024 sur une RTX 5070).
NVIDIA domine l'IA locale grâce à CUDA, la bibliothèque de calcul parallèle utilisée par PyTorch, TensorFlow, llama.cpp (en mode CUDA), ComfyUI, Automatic1111, et quasiment tous les frameworks IA. La compatibilité est quasi universelle, le support est immédiat dès la sortie d'un nouveau modèle. Les GPU NVIDIA comme la RTX 5060 Ti 16 Go (~450 €), la RTX 5070 (~650 €) ou la RTX 5090 (2 000 €+) sont des valeurs sûres sans friction de configuration.
AMD progresse significativement avec ROCm 6.x : llama.cpp supporte les GPU RDNA 3 et RDNA 4 (RX 7000/9000) en natif sur Linux, et de plus en plus sur Windows via HIP. Une RX 9060 XT 16 Go (~400-450 €) ou une RX 7900 XTX 24 Go (~750 €) sont des alternatives valides si vous acceptez une configuration parfois plus manuelle. La RX 7900 XTX avec ses 24 Go à ce prix reste un excellent rapport VRAM/euro. Attention : certains outils comme CUDA-only kernels (Triton, Flash Attention) ne fonctionnent pas nativement sur AMD.
La RTX 5060 Ti 16 Go (~450 €) est la carte à cibler en priorité dans ce budget. Ses 16 Go de GDDR7 permettent de faire tourner confortablement des LLM 13B en Q8, des 34B en Q4, et Flux.1 Schnell en fp8. En inférence LLM avec llama.cpp, elle génère environ 35-45 tokens/seconde sur un Llama 3.1 8B en Q4. C'est fluide et utilisable au quotidien. La RX 9060 XT 16 Go (~400 €) est une alternative AMD à surveiller, avec des perfs similaires si ROCm est bien configuré.
À éviter dans ce budget : les cartes à 8 Go (RTX 5060 non-Ti, RX 7600 Evo), qui bloquent rapidement dès qu'on veut passer à des modèles plus capables ou augmenter le contexte. Une carte à 8 Go achetée aujourd'hui sera frustrante dans 12 mois. Pour 50-100 € de plus, les 16 Go changent radicalement l'expérience.
La RTX 5070 (~650 €) avec ses 12 Go peut sembler en retrait face à la 5060 Ti 16 Go sur la VRAM, mais sa puissance de calcul brute (environ 1,8× plus rapide en FP16) accélère sensiblement les temps de génération d'images et les LLM quantisés. Elle reste limitée sur les modèles dépassant 10B en quantisation haute. La RTX 5070 Ti (~850 €) avec 16 Go de GDDR7 est le meilleur compromis de cette gamme : vitesse élevée + VRAM confortable. Elle génère ~65-80 tokens/s sur un 8B en Q4, et tourne Flux.1 Dev en fp8 en ~15 secondes.
Dans cette gamme, une RTX 3090 d'occasion (~400-500 €) mérite aussi d'être mentionnée : ses 24 Go de GDDR6X restent imbattables pour le budget, permettant des LLM 34B en Q8 ou 70B en Q4. La bande passante mémoire est inférieure aux nouvelles générations (936 Go/s vs 1 500+ Go/s pour les RTX 5000), mais pour de l'inférence pure, c'est souvent suffisant. Idéale si vous cherchez avant tout du VRAM au meilleur prix.
La RTX 5080 (~1 100 €) avec ses 16 Go haute vitesse est excellente pour l'inférence rapide mais reste bloquée à 16 Go — ce qui peut être limitant pour du fine-tuning LoRA sur 13B ou des modèles 70B même quantisés. La RTX 5090 (~2 000-2 200 €) avec 32 Go de GDDR7 et une bande passante mémoire de 1 792 Go/s est la carte la plus puissante du marché grand public en 2025. Elle fait tourner des LLM 70B en Q4 entièrement en VRAM, génère Flux.1 Dev en fp16 en ~8 secondes, et permet du fine-tuning LoRA sur des 13B-34B sans compromis.
Pour le fine-tuning complet (full fine-tuning) d'un modèle 7B en fp16, comptez ~70 Go de VRAM minimum avec les gradients et l'optimizer — aucun GPU grand public ne suffit seul. QLoRA sur 4 bits réduit ce besoin à ~12-16 Go, rendant le fine-tuning accessible sur une RTX 5070 Ti ou 5080. Si le fine-tuning est votre priorité principale, deux RTX 3090 en NVLink (48 Go combinés) restent une option compétitive face à une seule RTX 5090.
La quasi-totalité de ces outils fonctionnent nativement avec NVIDIA sans configuration spéciale. Avec AMD sur Linux et ROCm 6.x, llama.cpp, Ollama et ComfyUI fonctionnent bien. Sur Windows avec AMD, attendez-vous à plus de friction : ROCm est encore en beta sur Windows et certains outils refusent de démarrer sans manipulation manuelle des variables d'environnement.
La VRAM est prioritaire, mais d'autres éléments comptent. La bande passante mémoire détermine la vitesse de traitement des tokens : une RTX 5090 à 1 792 Go/s génère presque 2× plus de tokens par seconde qu'une RTX 3090 à 936 Go/s sur le même modèle, toutes choses égales par ailleurs. Le TDP (consommation) est aussi crucial : une RTX 5090 consomme 575W sous charge, une RTX 5060 Ti 180W. Votre alimentation et votre refroidissement doivent suivre. Prévoyez une PSU avec 20-25% de marge au-dessus du TDP total de votre config.
La longueur du contexte impacte aussi la VRAM : un contexte de 32 000 tokens sur un LLM 8B peut nécessiter 4-6 Go de KV-cache supplémentaires. Si vous travaillez sur de longs documents ou des conversations étendues, comptez large. Enfin, vérifiez la compatibilité de votre boîtier : les RTX 5090 mesurent jusqu'à 36 cm de long et nécessitent 3-4 slots PCIe. Ce détail pratique est souvent négligé.
Le rapport VRAM/prix reste l'indicateur clé. En 2025, la RTX 5060 Ti 16 Go (~450 €) et la RTX 3090 d'occasion (~450-500 €) offrent les meilleurs ratios. La RTX 5090 est justifiée uniquement si vous avez besoin de faire tourner des modèles 70B+ entièrement en VRAM ou de faire du fine-tuning sur des modèles moyens sans contrainte.

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